vendredi 29 mai 2015

728. Choses du parfum

Le langage pour le décrire, parfois ésotérique parfois pompeux -- La Feuille (Miller Harris) -- Soudain, alors qu'on croise un passant dans la rue, on s'aperçoit qu'il ou elle porte le même parfum que quelqu'un de cher, et c'est comme un clin d'oeil -- Angéliques sous la Pluie (Frédéric Malle) -- Essayer parfum sur parfum, jusqu'à avoir la tête qui tourne, puis soudain trouver le sien -- Daim Blond (Serge Lutens) -- En mettre un peu derrière l'oreille et puis au pli du poignet, avant de sortir -- Putain des Palaces (Etat Libre d'Orange) -- Respirer profondément le vêtement de la personne qu'on aime, pour retrouver sa présence un petit instant -- Juniper Sling (Penhaligon's) -- Ceux qui prennent à la gorge et flottent encore pendant des heures -- Infusion d'Iris (Prada) -- Le premier flacon que l'on reçoit, de "vrai" parfum, pour devenir adulte -- Un Jardin sur le Toit (Hermès) -- La cérémonie pour essayer : respirer les premières notes, attendre que la senteur se réchauffe sur la peau, la laisser se développer, décider si on est fait pour s'entendre -- L'Ombre dans l'Eau (Diptyque).

dimanche 24 mai 2015

727. London, bank holiday

Demain férié toute la ville
sourit -- mais moi
je m'en vais ce soir

lundi 11 mai 2015

726. Il était une fois (2)


Diplodocus et Campanule
s'en vont en voyage de noces
par le premier samovar

S'ils s'arrêtent ils sont perdus
aux quatre vents la rose et les bannières
claquent
comme des baisers

Oh mon amour à la fontaine cueilli
à pleines brassées amères et vertes
Cresson rainettes
chrysophrase par trois fois lavé

Si j'avais su parole
c'est à ta mère
que j'aurais demandé ta main

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Les dinosaures et moi, visiblement, c'est toute une histoire...


vendredi 17 avril 2015

725. Graffiti

Turf wars -- black, incongruous,
tar-painted on the bridge
above the dog cemetery

lundi 6 avril 2015

724. Choses qui éveillent la curiosité

On entend passer un couple sous la fenêtre, tard dans la nuit ; ils se disputent, mais leurs voix sont indistinctes -- Une enveloppe manuscrite à son nom -- Une enveloppe manuscrite au nom de quelqu'un d'autre -- Un livre qu'on n'a pas lu -- Un ami parle d'une personne de son entourage qu'on ne connaît pas encore, mais qu'on va bientôt rencontrer -- Un cadeau soigneusement emballé -- On a fait un rêve si étrange qu'on ne sait pas du tout à quoi l'attribuer -- Sur le chemin qu'on emprunte tous les jours, quelque chose change : une nouvelle boutique, un immeuble qui se construit, une façade repeinte -- Une porte entrouverte.

mardi 3 mars 2015

723. Rue Taitbout, 19h35

Elle plonge sa botte -- juste
la pointe -- dans une flaque
Songe-t-elle à la mer*
l'élégante ?    
*Le premier qui me dit "oui, -de de chien" gagne le prix de lèse-romantisme 2015
(et oui, on n'est qu'en mars, c'est dire)



lundi 12 janvier 2015

722. Choses d'un rassemblement

- Ce n'est qu'hier soir, bien au chaud chez moi et prise d'une soudaine crise de tremblements, que j'ai réalisé (et il n'y a pas de quoi se vanter) à quel point j'avais eu peur toute la journée -- peur que quelqu'un d'un bord ou d'un autre décide de faire un carton pour l'occasion, histoire de prouver qui est le plus malin... peur de la foule à qui pas grand'chose suffit pour perdre la mesure… peur que ce soit ridicule, pompeux, pas à la hauteur de l'occasion… peur d'être coincée au milieu de ces gens rassemblés, entassés jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place dans les rues… peur que ce soit récupéré, détourné, faussé…

- Le silence de la rue : pas un silence de mort, non, une immense rumeur de conversations à mi-voix, quelques Marseillaises calmes, quelques salves d'applaudissements roulant d'un bout à l'autre de la place, de la ville -- pas de slogans, pas de chants, pas de cris, pas d'appels, pas de joueurs de bongo/guitare/trompette et autres habitudes de manif'. J'entendais mon voisin de droite respirer, au milieu d'1,5 million de personnes.

- Ce que doivent vivre les habitants d'Alep, du Nigeria, d'Ukraine, et tous les autres, au quotidien.

- Paris, les Parisiens : parfois, parfois… ils gagnent à être connus.

- Les deux étudiantes en gynéco, à côté de moi, qui discutaient prolapsus et rééducation du périnée en attendant de pouvoir avancer de quelques centimètres.

- La chair de poule, de la tête aux pieds, en marchant vers la station Strasbourg St Denis, où venaient s'agglomérer les grappes humaines, les unes après les autres, sans plus pouvoir avancer, étendant les tentacules de la foule, bloquant les voitures, faisant petit à petit monter la marée, jusqu'à Bonne Nouvelle, jusqu'à Grands Boulevards, jusqu'à… où ?

- 50 mètres maximum entre la boutique de farces & attrapes "Les Déguisements de Paris" et le restaurant "Le Pachyderme" : 2h pour relier la première au second. Et au bout : la statue de la République, nette sur le ciel pâle.

- Je suis superficielle, mal renseignée et peu douée pour l'analyse ; j'ai eu énormément de mal à écrire ce post. Ce qui s'est passé entre le 7 et le 9 janvier 2015 m'a effrayée, choquée et très profondément attristée ; j'aimerais pouvoir dire que cela m'a changée, que "rien ne sera plus pareil" et autres refrains entendus ici et là. Mais rien qu'à l'écrire, cela sonne faux et creux. Alors voici un lien -- de tous les articles, opinions et éditoriaux que j'ai lus cette semaine, c'est celui qui se rapproche le plus de ce que je pense en ce moment.

Tout ce que je souhaite à présent, c'est qu'arrivera un jour où plus personne, ici-bas, n'aura à dire, dans la salle d'attente d'un hôpital, le téléphone coincé entre le menton et l'épaule : "non, non, il y a une fusillade par là-bas, je vais prendre le taxi, pas le métro".